Café, sucre, viande de porc... pour diversifier leurs placements, les investisseurs peuvent être tentés de miser sur les produits agricoles. Soutenus par la croissance de la population mondiale et un bouleversement des habitudes alimentaires dans les pays émergents, la demande est bien orientée. Mais investir sur ces marchés ultra volatiles n'est pas à la portée de tous. Explications avec Jean-Philippe Olivier, gérant du fonds Parvest Agriculture.

 

Capital.fr : Malgré le boom des matières premières, votre fonds a perdu 15% en un an. Comment expliquez-vous cette contre-performance ?

 
Jean-Philippe Olivier : Le net rebond des cours des matières premières n'a pas profité aux produits agricoles. Les prix sont restés sous pression car, entre les récoltes pléthoriques des dernières années et la récession, l'offre s'est subitement retrouvée supérieure à la demande. Or, un tel déséquilibre ne se résorbe pas rapidement car il est impossible de réduire les quotas de production du jour au lendemain. Par ailleurs, le marché des matières premières souffre de la hausse du billet vert. La plupart de ces actifs étant cotés en dollars, ils deviennent mécaniquement plus chers pour les pays européens ou asiatiques lorsque la monnaie américaine s’apprécie, ce qui réduit la demande et pèse sur les prix. Malgré ce trou d'air, nous pouvons être optimistes. D'un côté, la demande est soutenue par l'industrialisation des économies émergentes et l'évolution des habitudes alimentaires dans ces pays. De l’autre, l'offre est limitée, le nombre de terrains arables diminuant chaque année à mesure que l’urbanisation gagne du terrain.

 

Capital.fr : Votre optimisme ne risque-t-il pas d'être douché par le ralentissement de la croissance chinoise ?
Jean-Philippe Olivier : Les produits agricoles devraient être relativement épargnés car ils sont faiblement corrélés à la conjoncture. Quel que soit l'état de l'économie, on a toujours besoin de se nourrir ! Si le gouvernement chinois prend de nouvelles mesures pour éviter la surchauffe de son économie, cela se répercutera surtout sur les métaux industriels (acier, aluminium...) et l'énergie (pétrole, gaz...). Ce mouvement pourrait inciter les investisseurs à s'intéresser à nouveau aux matières premières agricoles, qui sont victimes d'un effet de mode en faveur de l'or actuellement. Nous considérons donc que les prix devraient au moins rester stables d'ici à la fin de l'année. Et c'est sans compter des difficultés météorologiques ou même d'éventuelles catastrophes naturelles qui pourraient décimer la production. Au final, les évolutions seront très disparates suivant les secteurs, ce qui dégage de nombreuses opportunités d'investissement pour notre fonds.

 

Capital.fr : Quels sont vos principaux paris ?
Jean-Philippe Olivier : Nous panachons nos investissements entre des céréales comme le blé, le maïs ou le soja qui composent environ 64% du portefeuille, d'autres denrées agricoles telles que le sucre, le café ou le coton, (22%), et enfin du bétail (14%). Nous privilégions notamment le maïs, qui devrait profiter d'un effet de rotation des cultures. Ces dernières années, de nombreuses surfaces arables ont en effet été accaparées par les producteurs de blé, réduisant d'autant la production de maïs. Une remontée des prix est donc possible. Nous jouons aussi un rebond des cours du café. Les stocks sont au plus bas, et la faiblesse de la production en Colombie en raison de forte pluies augure d'une possible pénurie dans les mois à venir. Par contre, nous réduisons nos investissements dans les viandes dont les prix bondissent de manière irrationnelle depuis un an (+54% pour le porc).

 

Capital.fr : Investir dans des contrats à terme n'est-il pas plus risqué que de se placer sur les actions ?
Jean-Philippe Olivier : C'est une idée reçue. Bien que nous utilisions des produits dérivés, investir dans les matières premières agricoles n'est pas si spéculatif. Pour preuve, la volatilité du fonds est inférieure à celle du CAC 40 : 19.61% contre 23.85% sur les douze derniers mois. Certes, les variations de prix de certaines matières premières peuvent être violentes. Le sucre par exemple, qui avait bondi de 128% en 2009, a dégringolé de 51% depuis fin janvier. Mais nous réduisons ce risque en diversifiant au maximum nos investissements. Actuellement, nous sommes ainsi exposés à une douzaine de produits agricoles. Nous conseillons donc à nos clients de consacrer au moins 5% de leur portefeuille aux matières premières.

 

Propos recueillis par Thomas Le Bars

Source  Capital.fr

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