« Renforcer les capacités du gouvernement en matière de négociation et de suivi des contrats pétroliers ». Tel était le thème d’un séminaire organisé récemment par le Don de gouvernance et de développement institutionnel (DGDI). Aujourd’hui, la noblesse de cette initiative refait surface au rappel de ce que la Côte d’Ivoire n’engrange pas à la faveur de l’exploitation de ses ressources.

 

Adopter le système d’attribution des contrats pétroliers par appel d’offres, en lieu et place du système qui consiste en un gré à gré. Tel était l’un des objectifs de l’important séminaire de formation organisé récemment par le Don de gouvernance et de développement institutionnel, DGDI. Destiné à l’inciter le gouvernement à une salutaire révision des petrolecontrats commerciaux régissant l’exploitation du pétrole ivoirien, ce conclave avait pour thème : « comment renforcer les capacités du gouvernement en matière de négociation et de suivi des contrats pétroliers ». Comment permettre à la Côte d’Ivoire de tirer profit de ses activités pétrolières, afin que les ressources générées soient porteuses d’un développement durablement ressenti par les populations ? Cette question est plus que d’actualité, à cause des bruits qui courent sur le pétrole ivoirien, qui semblent ne pas tenir compte de la réalité, toute chose qui remet au gout du jour, cette belle initiative du DGDI, et pour cause. 54.750.000.000 FCFA. C`est ce que la Côte d`Ivoire gagne par an dans l`exploitation de son pétrole. Si les données officiellement approuvées par la communauté internationale sont vraies. En effet, ce pays ne pompe que 50 mille barils / jour mais selon un contrat signé il y a une dizaine d`années avec ses partenaires étrangers, seulement 12% de cette production lui revient, c`est-à-dire 6000 barils / jours. A raison de 50 dollars en moyenne le baril, la Côte d`Ivoire cède donc tout aussi officiellement au consortium Global Ressources - Texaco - Exxon, plus de 400 milliards FCFA par an. Vu sous l`angle de la reconnaissance du mérite, l`émissaire des bailleurs de fonds n`a donc que bien fait de féliciter le ministre de l`Economie et des Finances Charles Diby pour la bonne gestion de ces ressources. Après avoir confirmé les chiffres fournis par le gouvernement sur le pétrole ivoirien, Arend Kouwenaar avait, on s`en souvient, félicité celui-ci " pour les efforts constatés en matière de bonne gouvernance ", selon ses propres termes. Vu néanmoins sous l`angle du bon sens, l`on ne peut que regretter que l`envoyé des bailleurs de fonds n`ait pas automatiquement mis sur la table, la question de la répartition des ressources générées par les richesses ivoiriennes. Si cela avait été fait avec insistance et consigné dans son rapport, la communauté internationale aurait alors un argument officiel permettant la révision des contrats de partage desdites ressources.

 

La politique du cheval et du cavalier

Le cas du pétrole ivoirien est donc un argument de taille, pour envisager la révision de certains contrats commerciaux liant les Etats africains aux multinationales occidentales, spécialisées dans l`exploitation des matières premières. Le premier avantage sera de mettre fin à la politique du cheval et du cavalier, qui caractérise les échanges commerciaux entre l`Afrique et le reste du monde. A quoi sert-il en effet de se proclamer producteur de tel ou telle richesse, alors qu`après partage, l`on n`y gagne que des miettes ? Cela permettra aux Etats d`avoir les moyens de leur collaboration ou de leur coopération avec le reste du monde, étant donné que l`on parlera désormais d`égal à égal. Le second avantage aurait été de mettre à un autre niveau de réflexion, ceux qui entretiennent cet inutile conjecture rien que sur la gestion des revenues du pétrole ivoirien, par soucis de voir la petite bête partout. Cela aurait surtout permis de convaincre les Ivoiriens qu`ils ne sont pas issus d`un pays pétrolier. Dans maints pays d`Afrique comme le Gabon, les citoyens ont ralenti leurs réflexions et leurs efforts avec l`illusion du pétrole salvateur, alors que seule, cette denrée ne pouvait en rien suffire à leur développement. Cette attitude crée la paresse, l`oisiveté, le manque d`ingéniosité et surtout les accusations mensongères et ridicules, et pourtant. Pendant toute sa gouvernance, Félix Houphouët-Boigny insistait sur le fait que le succès de la Côte d`Ivoire reposait sur l`Agriculture. Cette sagesse avait emmené les Ivoiriens à minimiser les ressources insignifiantes de leur pétrole, en les maintenant au travail et à l`effort diversifié. Il y a donc lieu de conjuguer les efforts pour obtenir du gouvernement, la révision des contrats commerciaux, au lieu de perdre du temps à conjecturer sur des ressources qui n`existent pratiquement que de nom.

 

Franck Boyo
Source NUITS ET JOURS

Retour à l'accueil